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> La préparation à l'emploi

S'il est vrai que pour les activités de l'esprit les personnes handicapées motrices ne souffrent d'aucun désavantage, il serait faux de croire cependant que leur parcours scolaire et universitaire vers l'emploi ne soit pas soumis à des contraintes et des difficultés bien supérieures à celui poursuivi par les étudiants valides. Il n'entre pas naturellement dans le cadre de ce texte d'évoquer les problèmes réels rencontrés par les personnes handicapées dans l'accomplissement de leurs études et qui en conditionnent souvent la réussite ou l'échec. Il s'agit de faire le constat que, moins encore que les valides, les jeunes étudiants handicapés n'ont droit à l'erreur, l'erreur s'entendant d'abord en l'espèce comme un choix malheureux de la formation choisie. Les conséquences de ce choix ne manquent pas plus ou moins rapidement de se manifester soit au début des études, soit en fin de parcours. Dans les deux cas, la perspective d'un avenir professionnel est compromise.

- Précisons d'emblée qu'au fil de la scolarité les effectifs de jeunes handicapés ont une forte tendance à fondre avec des coupes sombres lors du passage au collège puis au lycée. Seuls enfin 20 % des bacheliers handicapés poursuivent des études supérieures contre 80 % pour les jeunes valides. Or, l'expérience montre que l'hécatombe se poursuit en première année d'enseignement supérieur au cours de laquelle les abandons sont très nombreux et souvent hélas définitifs, le jeune étudiant handicapé renonçant à tout projet d'études. Les causes de cet échec peuvent être multiples, mais bien souvent celle déterminante qui émerge est une erreur d'orientation vers une discipline ressentie très vite comme inadaptée aux aspirations voire dépourvue d'intérêt ou décevante dans ses perspectives futures notamment professionnelles.

- Cette même erreur d'orientation explique également l'abandon du projet professionnel en fin d'études. Mal éclairés, les jeunes étudiants handicapés, à l'instar de beaucoup de valides certes mais avec moins de possibilités de rebond, embrassent très souvent des disciplines dépourvues de débouchés professionnels suffisants (psychologie, sociologie, philosophie, "culture et communication" par exemple) ou peu compatibles avec la réalité du handicap vécu.

A l'évidence, un second constat s'impose, celui d'une nécessaire anticipation du projet professionnel dès l'entrée dans le supérieur, ce qui suppose un travail d'élaboration en profondeur rarement réalisé sans la participation d'un accompagnement.
L'expérience a montré en effet qu'un dialogue précoce est un gage de réussite du parcours universitaire, de la formation à l'emploi et de l'entrée dans le monde du travail. L'étudiant ignore tout d'ordinaire non seulement de l'existence des secteurs "porteurs", nous l'avons vu, mais encore de ce que peut être la législation ou la réglementation du travail, l'accès dans le public ou le privé, de manière générale ce qu'est le monde de l'entreprise, de même qu'il n'a qu'une connaissance très vague des dispositifs de reconnaissance et de compensation du handicap ou encore de la politique d'intégration des travailleurs handicapés. Plus problématique encore, il est fréquent qu'il surestime ou au contraire sous estime l'importance de son incapacité physique...

Ce rôle d'accompagnement indispensable est réalisé à Nancy et à Metz sous la forme d'un suivi personnalisé par le "Service projet professionnel", rattaché au "Service d'intégration scolaire et universitaire", lui-même en liens étroits avec l'établissement d'accueil des étudiants handicapés de l'AGI. Il suit en moyenne chaque année 70 futurs candidats à l'emploi. Très souvent dirigé vers lui par les enseignants référents, les chargés d'accueil des universités ou les médecins de santé universitaire, ou encore informé par les divers forums et manifestations organisés, le jeune étudiant est reçu immédiatement par le chargé de mission pour un premier entretien. Cette première rencontre donne lieu fréquemment à la mise en route d'une démarche de "projection professionnelle" destinée à apprécier la pertinence du choix. Sont utilisés, souvent couplés, le logiciel INFORIZON et la méthode ADVP (Activation du Développement Vocationnel et Personnel) d'origine canadienne. Rapidement un plan d'intervention avec étapes échelonnées est proposé. Ce plan permet un suivi régulier du jeune étudiant, indispensable pour assurer le cas échéant soit sa remotivation soit sa réorientation.

Mais la mission du service, cela va de soi, ne se limite pas au seul dialogue aussi nécessaire soit-il avec l'intéressé... Elle comporte toujours une démarche en direction de l'entreprise car c'est bien d'un rapprochement entre les deux partenaires qu'en définitive il s'agit.
Le projet étant arrivé à maturation ou du moins ayant progressé, le passage obligé à l'étape supérieure suppose en effet la rencontre avec le monde du travail. A cet égard, on ne saurait surestimer l'importance du stage dans l'entreprise, importance à vrai dire fondamentale et souvent déterminante. La pratique a montré tout d'abord que l'expérience du stage permet une confrontation entre la situation de handicap de la personne et son projet professionnel, ce dans une perspective de validation (ou d'infirmation) des hypothèses. Le stage s'avère donc pour le jeune handicapé un véritable outil d'appréciation du souhaitable certes, mais aussi et surtout du possible. Sa détermination en sera d'autant accrue en cas de réussite.

De plus, cette première expérience professionnelle lui apporte une approche concrète de la vie en entreprise, ce qui contribue à le "décomplexer" et lui permet de démontrer ses compétences. Surplus non négligeable enfin, le stage enrichit son curriculum vitae dans la perspective d'un futur emploi. Le bilan est tout aussi profitable à l'entreprise. Le stage est pour elle l'occasion d'être informée, d'être sensibilisée in concreto, de constater que le travail des personnes handicapées en son sein n'est pas source de difficultés mais qu'au contraire il peut être performant et lui apporter une contribution particulière et enrichissante sur le plan des relations humaines. Pour un employeur ou les futurs collègues de travail, un stage réussi contribue à lever les réserves ressenties plus ou moins consciemment sur l'embauche de salariés porteurs de handicaps. Il peut faire sauter cette résistance recyclant pèle mêle une forme de gêne psychologique et de crainte sur la rentabilité de l'employé. Souvent c'est au stagiaire qu'elle a connu que l'entreprise offre par la suite un contrat de travail...

Une large part de l'activité du "service projet professionnel" de Nancy est consacrée à cette préparation aux stages, à leur recherche, à leur accompagnement et à leurs bilans et suivis, son chargé de mission restant le référent permanent, intermédiaire entre l'étudiant, l'entreprise et les partenaires associés au projet. Tout naturellement, ce service est devenu aussi un interlocuteur des entreprises pour l'intégration professionnelle des jeunes diplômés handicapés pour lesquels les dispositifs existants, il faut le reconnaître, sont peu adaptés. Tout en aval de ses missions brièvement décrites il mène en effet un travail de réflexion avec celles de ces entreprises qui souhaitent mettre en oeuvre une politique d'insertion cohérente de jeunes personnes handicapées diplômées. A cette fin, il identifie les étudiants et jeunes diplômés handicapés susceptibles de répondre aux besoins de recrutement, développe un réseau de partenaires dans le milieu économique, réalise un suivi tripartite avec les organismes d'insertion et de placement (Cap Emploi), constitue un réservoir d'informations et de conseils sur les aides techniques et financières mobilisables et définit avec ces partenaires les actions à mener pour promouvoir l'intégration de ces jeunes candidats à l'emploi.

Ce travail de fond qui s'adresse de l'individu au monde du travail, de la conscience de soi à la conscience collective, est évidemment une tâche de très longue haleine. Rares à ce jour en France, de telles expériences devraient avoir vocation à se multiplier car il reste plus que jamais certain que la formation demeure la meilleure garantie d'un accès à l'emploi et bien souvent la seule. C'est le constat fait quotidiennement au sein de ce service.

Suite : Le passage à l'acte