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L’été, cette saison du corps...

Depuis de nombreuses décennies l’été, qu’il est convenu d’appeler « la belle saison », est la période de vacances, des loisirs, des ballades, de la plage, du laisser vivre en somme. Interrogés, nos compatriotes déclarent d’ailleurs que c’est pour eux un temps de libération et de spontanéité retrouvée. Ce laisser vivre constitue, à les entendre, un bien considérable capitalisé tout au long d’une année de contraintes puisqu’il est perçu comme le seul vrai temps de vivre.

Etrange constat à établir en vérité sur nos sociétés quelque peu privées d’horizon où le bonheur est dans le vide... « La vacance des grandes valeurs fait la valeur des grandes vacances » a écrit Edgar Morin ! Quoi qu’il en soit, aux personnes handicapées, l’été n’apporte aucune spontanéité. Il souligne tout à l’opposé leurs contraintes par l’effet d’une inévitable comparaison. La spontanéité, la liberté exigent à l’évidence l’usage d’un corps qui par hypothèse leur fait défaut mais que les autres possèdent et utilisent alors à satiété, creusant ainsi l’écart ! J’ai rencontré beaucoup de personnes handicapées m’ayant confessé leurs souffrances d’été par cela même qu’ils s’y sentaient plus seuls.

Cette saison du corps par sa légèreté les laissait démunis et ils attendaient avec impatience la pesanteur de l’automne plus en harmonie avec leur dépendance... C’est qu’aujourd’hui seule la contrainte de la programmation permet l’autonomie avec cette conséquence que pour être autonome le prix à payer est de renoncer à la liberté et que pour avoir un présent il faut vivre dans un éternel futur ! Curieuses apories qui sont le quotidien des personnes handicapées...

Il est vrai jusqu’à aujourd’hui l’histoire du handicap s’est confondue avec celle des aides programmées. L’imprévu, l’imprévisible en ont toujours été évacués. Il ne pouvait en être autrement puisque l’autonomie ne peut s’acquérir qu’en puisant la liberté d’autrui dans le cadre nécessairement contraint des règles de fonctionnement d’un service ou des clauses d’un contrat de travail. L’aide humaine est par essence un instrument imparfait d’autonomie hérissé de limites et de dépendances ! Cette histoire devrait, doit s’achever. Je suis convaincu en effet qu’une nouvelle histoire du handicap va bientôt commencer qui connaitra l’irruption du spontané. L’imagination doit inventer des modes nouveaux de fonctionnement qui assouplissent les rigidités. Les services permanents 24 heures sur 24 qui intègrent l’imprévu en sont des préfigurations.

Mais dans cette nouvelle histoire ce sont aussi et peut-être surtout les aides techniques, les nanotechnologies, les neurosciences qui prendront toute leur place et insuffleront toujours plus de cette spontanéité défaillante dans la vie des personnes handicapées. Là se trouve le nouvel horizon d’attente. C’est cette histoire de la spontanéité qu’il faut maintenant écrire. L’été, cette saison du corps...

Août 2010

Louis Bonet, président du GIHP National